Des femmes dénoncent des agressions sexuelles dans les plantations du groupe Socfin
Crédit photo : Maja Hitij
La Liberté | 30.10.2025

Des femmes dénoncent des agressions sexuelles dans les plantations du groupe Socfin

La Fondation Earthworm vient de terminer une enquête sur demande de Socfin. Sur la douzaine de sites visités, elle confirme des violences sexuelles commises par le personnel dans sept d'entre eux.

Maude Bonvin

Alors qu'elle rentre de son champ avec un sac de noix de palme et doit traverser la plantation locale de Socfin, Agnès Soppo, paysanne camerounaise, tombe sur un agent de sécurité qui l'accuse de voler la multinationale. En compensation, il lui demande un rapport sexuel. Elle refuse. Il brandit alors sa machette, lui ordonne de se déshabiller et la viole.

«Les violences sexuelles sont documentées dans différentes plantations de Socfin depuis plusieurs années. Il s'agit d'un problème systémique qui ne concerne pas qu'un seul domaine agricole», déplore Juliette Müller, responsable romande de la Coalition pour des multinationales responsables, une association de défense des droits humains et de l'environnement.

Socfin est un géant discret, domicilié au Luxembourg. La firme produit du caoutchouc pour le secteur automobile et de l'huile de palme pour l'industrie alimentaire. La majeure partie du négoce de ses matières premières et la gestion de ses plantations ont été déplacées, ces dernières années, à Fribourg. La société présente une structure complexe puisqu'elle compte une trentaine de filiales imbriquées les unes dans les autres. Ses deux actionnaires majoritaires? L'entreprise familiale belge Fabri et le groupe français Bolloré.

A la merci du chef

Juliette Müller fait remarquer que dans plusieurs plantations de Socfin, les supérieurs hiérarchiques tiennent le couteau par le manche. «Les femmes qui y sont employées ont besoin de leur salaire car elles sont souvent très pauvres. Certains chefs leur font du chantage: du sexe contre du travail», poursuit Juliette Müller. Sur bon nombre d'exploitations agricoles, il y a très peu de contrats de travail fixes. Le job s'obtient de mois en mois.

Les personnes en charge de la sécurité des plantations qui peuvent s'étendre sur plusieurs hectares commettent aussi des violences sexuelles. Il existe des cas de viols sur des femmes qui traversent les plantations sans forcément y travailler. Elles doivent passer par ce chemin pour accéder à leurs champs par exemple. «On ne peut pas mettre un pied dans la forêt. Si on te trouve là-bas, on te viole ou on te met en prison», témoigne dans la presse française, Madelaine Mbondji, riveraine d'une plantation de Socfin au Cameroun.
Le problème ne s'arrête pas aux frontières camerounaises. Des travailleuses dans les plantations au Ghana, Liberia et Sierra Leone se voient aussi contraintes par leurs supérieurs à des rapports sexuels sur leur lieu de travail.

La Fondation Earthworm vient de terminer une enquête de deux ans sur demande de la société. Sur la douzaine de sites visités, elle confirme des violences sexuelles commises par le personnel des plantations dans sept d'entre eux. Earthworm aide les entreprises à améliorer leurs normes sociales et environnementales.

Tolérance zéro

La multinationale se refuse toutefois à parler de culture du viol. «C'est une contre-vérité. Socfin condamne sans réserve toute forme de violence, en particulier les violences et le harcèlement sexuels. Ces comportements ne sont tolérés dans aucune de nos filiales, ni envers nos employés, ni envers des tiers travaillant ou vivant à proximité de nos sites», souligne Ludovic Saint-Pol, responsable de la communication.

Depuis plusieurs années, la société a renforcé ses dispositifs de prévention, de sensibilisation et de suivi. Le 20 juin dernier, elle a mis en place un nouveau plan d'action contre le harcèlement et les violences sexuelles. Elle veut ainsi renforcer les procédures de signalement et de traitement des plaintes. Le plan vise également à former l'ensemble des collaborateurs et des sous-traitants sur les comportements attendus et les droits de chacun. Des comités de genre devraient aussi voir le jour dans toutes les plantations. Ils seront chargés d'accompagner les victimes et de suivre les actions correctives.

«Sanctions immédiates»

«Tout acte avéré entraîne des sanctions immédiates pouvant aller jusqu'au licenciement et à des poursuites judiciaires», indique le responsable de la communication. Enfin, le plan d'action prévoit la mise en place d'indicateurs de performance précis pour évaluer les progrès réalisés. «Nous poursuivrons la mise en œuvre de ces actions avec détermination et transparence, et nous publierons régulièrement les résultats obtenus», ajoute Ludovic Saint-Pol.

Pas de quoi convaincre Juliette Müller: «Socfin a trop longtemps fermé les yeux sur ces problèmes et n'a pris aucune mesure efficace pour lutter contre les viols pendant des années. Les mêmes problèmes ressurgissent dans plusieurs plantations».
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https://farmlandgrab.org/post/33122
Source
La Liberté https://www.laliberte.ch/articles/regions/economie-regionale/des-femmes-denoncent-des-agressions-sexuelles-dans-les-plantations-du-groupe-socfin-dont-le-commerce-1231262