Mathieu Auger-Schwartzenberg met au point l’initiative de Marché du carbone communautaire (MACC)
L'Opinion | 9 avril 2026
Comment la RDC veut se positionner sur le marché du carbone
Alors que le secteur a été secoué par de nombreuses controverses, l’initiative MAAC mise sur un mécanisme de partage équitable des bénéfices avec les communautés locales
Rémy Darras
Fraîchement nommé en mars à sa tête, Mathieu Auger-Schwartzenberg, actif depuis plus de vingt ans dans les politiques publiques et les mécanismes internationaux dédiés à la gestion durable des forêts tropicales, met actuellement au point l’initiative de Marché du carbone communautaire (MACC). Fruit du programme national Axis, piloté par Phoenix Capital et le Fonds social de la RDC, elle vise à une reprise en main par l’Etat du marché du carbone, dont la réputation a été écornée ces dernières années.
En 2023, une enquête internationale révélait que 90 % des crédits carbone forestiers validés par le principal certificateur mondial Verra étaient fantômes. Si les forêts du Bassin du Congo ne catalysent que 4 % de la finance climatique mondiale, un rapport de l’ONG britannique Rainforest Foundation, paru en octobre dernier, mettait en lumière la prolifération d’intermédiaires privés, qualifiés de « cow-boys du carbone », dans l’accaparement de 103 millions d’hectares en RDC, soit la moitié de la superficie du pays. Et ce, au détriment de l’environnement et des populations locales.
Dans un pays qui possède la cinquième forêt mondiale et la moitié de toutes les forêts du continent, avec un bassin qui séquestre 90 milliards de tonnes de carbone (soit quatre fois plus que le bassin amazonien), MACC propose une démarche radicalement différente. « Avec nous, il n’y aura pas de prédation foncière », prévient l’expert français qui a notamment conçu et piloté plusieurs programmes régionaux et nationaux dans le Bassin du Congo pour le compte de l’Agence Française de Développement (AFD) et qui était, ces deux dernières années encore, chargé de coordonner au sein du programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) les partenariats entre le secrétariat exécutif de l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale (CAFI) et l’ensemble des acteurs publics, institutionnels et de la société civile impliqués dans les politiques forêt-climat de la RDC.
L’initiative MACC a recueilli l’assentiment des peuples autochtones et des communautés afin de leur proposer un itinéraire de valorisation économique. Un mécanisme de partage équitable des bénéfices a été élaboré en concertation avec eux, tout en leur fournissant un appui technique dans la gestion, la conservation et le développement de plantations agroforestières.
« Nous ferons en sorte qu’une gestion forestière améliorée permette à ces forêts, gérées par des communautés depuis des temps immémoriaux, de séquestrer davantage de carbone qu’elles n’en auraient séquestré en l’absence d’Axis. En combinant agriculture de rente (destinée à la vente, ndlr) et agriculture vivrière (consommée sur place), il s’agira d’assurer la souveraineté alimentaire et le développement d’activités génératrices de revenus », défend-il. « Une part significative des crédits carbone émis leur reviendra directement. Elles décideront de la nature de ce retour : un appui dans les infrastructures en matière de santé et d’éducation, le développement socio-économique et agricole, ou encore une rétribution directe. »
Actuellement en phase de lancement, MACC se déploiera sur 15 millions d’hectares à travers cinq provinces (Equateur, Mongola, Nord et Sud-Ubangi, Tshopo pour l’instant), pour s’étendre à terme à onze provinces au total, en accompagnant au départ 243 communautés détentrices de concessions forestières communautaires.
Mais pour rendre ces « crédits crédibles » sur trente ans, de l’aval des communautés jusqu’à la mise sur le marché, Mathieu Auger-Schwartzenberg se donne entre 18 et 24 mois. Le temps d’accompagner également la RDC sur le volet institutionnel et d’aligner MACC sur les standards internationaux en matière d’ESG et de finance climatique. Après avoir passé en revue tous ses titres forestiers, Kinshasa s’est doté il y a trois ans d’une Autorité de régulation des marchés du carbone (ARMCA) et doit désormais établir un registre national, sans oublier la certification par un organisme international.
Le temps aussi de renouer avec la confiance des acheteurs internationaux et d’accroître le prix de la tonne congolaise de carbone : entre 20 et 25 dollars, contre 5 actuellement. « Ces forêts séquestrent dix ans d’émissions du secteur énergétique mondial. Leur valeur est passée de 11 000 à 23 000 milliards de dollars entre les années 2000 et 2020. Elles constituent l’assurance-vie de l’humanité contre le changement climatique », conclut le spécialiste.