RTS | 27.6.2026
Le géant de la construction Orllati accaparerait discrètement des terres agricoles promises à des paysans
C'est l'histoire d'un géant du béton qui étend son emprise sur les campagnes vaudoises. L'entreprise Orllati accapare discrètement des dizaines d’hectares de terres agricoles qui devraient être réservées aux paysans, révèle une enquête de Blick.
Tout part d’une anecdote qui circule dans le monde paysan: le neveu d’Avni Orllati, fondateur du groupe de construction, aurait décroché son CFC d’agriculteur. A priori, deux univers s’opposent.
En réalité, c’est un symbole révélateur. Le groupe romand Orllati accapare discrètement des dizaines d’hectares de terres agricoles qui devraient être réservées aux paysans, révèle une enquête de Blick.
La Loi fédérale sur le droit foncier rural réserve en principe les terres agricoles aux agriculteurs. L’enquête de Blick détaille comment Orllati contourne l'esprit de cette loi. Le groupe utilise des sociétés anonymes. Des agriculteurs sont placés comme actionnaires majoritaires ou administrateurs. Sur le papier, ces entreprises ont donc un but agricole, alors qu'en réalité, elles servent de paravent.
Grâce à ce système, le groupe peut acheter des parcelles au prix agricole, bien inférieur au prix d'autres domaines du marché foncier. Les objectifs sont stratégiques: sécuriser des gisements de gravier pour produire du béton, trouver des sites pour y enfouir les déchets de ses chantiers, ou parier sur un futur changement d’affectation qui transformerait des parcelles en zone à bâtir lucratives.
>>>> Ecouter le sujet de Forum et l'interview de Mathilde Marendaz (EàG/VD) sur cette affaire <<<<
"Orllati, c'est le huitième conseiller d'Etat"
La Commission foncière rurale est chargée de surveiller les transactions de terres agricoles et de les autoriser ou non. Elle a légalement dix ans pour invalider une autorisation donnée sous de mauvais prétextes.
Selon Blick, elle fait en réalité preuve de passivité. Il lui est reproché d’appliquer une politique du deux poids, deux mesures. L’enquête décrit qu’elle peut être extrêmement invasive avec de simples agriculteurs, mais qu'elle laisse passer des montages financiers complexes au bénéfice d'intérêts extérieurs à l'agriculture.
L'enquête décrit également une entreprise toute puissante, et des agriculteurs qui ont peur de parler. "Orllati, c'est le huitième conseiller d'Etat. J'insiste, n'écrivez pas mon nom. Sinon, je ne pourrais plus jamais avoir une exploitation agricole dans le canton", témoigne anonymement un paysan vaudois.
Le groupe romand Orllati accaparerait des hectares de terres agricoles qui devraient être réservées aux paysans: interview de Mathilde Marendaz / Forum / 8 min. / samedi à 18:04
Pas de réponse des autorités
L'association Uniterre observe que de nombreux paysans néoruraux peinent à trouver des terres. Pour elle, pas de doute, il faut une meilleure surveillance des autorités cantonales sur cette commission, mais aussi plus de transparence sur l'attribution des parcelles.
Le secrétaire administratif de la Commission foncière rurale a répondu à la RTS que ses membres sont soumis au secret de fonction et qu’il n’a pas à s’exprimer sur des cas particuliers. Egalement contacté, le Département cantonal de l’agriculture ne souhaite pas s’exprimer.
L’entreprise Orllati indique pour sa part que ses activités répondent à des contraintes géologiques, territoriales et réglementaires précises. Elles s’inscrivent dans le cadre légal applicable et font l’objet d’évaluations, de planifications et, le cas échéant, d’autorisations par les autorités concernées.
Sujet radio: Gianluca Agosta
Adaptation web: Julien Furrer
Adaptation web: Julien Furrer