Les forêts et les terres agricoles plus que jamais des valeurs refuges

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Dans un contexte de taux d’intérêt bas et d’incertitudes politiques, disposer d’actifs tangibles, comme les terres agricoles, devient de plus en plus attractif pour les investisseurs privés.
Le Figaro (via Pressreader) | 3 Jun 2017

Les forêts et les terres agricoles plus que jamais des valeurs refuges

120 000 hectares de bois ont changé de mains en 2016, une hausse de 24% en valeur.

ÉRIC DE LA CHESNAIS
@plumedeschamps

Dans un contexte de taux d’intérêt bas et d’incertitudes politiques, disposer d’actifs tangibles, comme la forêt ou les terres agricoles, devient de plus en plus attractif pour les investisseurs privés. En dix ans, le prix des forêts a augmenté de 38,5 % en France, passant de 2960 à 4100 euros l’hectare en 2016. Depuis 1997, il a même plus que doublé. Rien que l’an dernier, il a encore affiché une croissance de 2,1%, permettant de dégager une meilleure rentabilité que celle des placements traditionnels (1,80%, en moyenne, pour l’assurance-vie en euros…).

«Cette hausse se situe dans un marché étroit où la demande est largement supérieure à l’offre, notamment pour les forêts de plus de 50 et 100 hectares », commente Gilles Seigle, président de la Société forestière, filiale du groupe Caisse des dépôts, qui vient de publier son indicateur annuel sur le prix des forêts de France en lien avec les Safer (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural). La raison de cette déconnexion est simple : « Les propriétaires de ces biens préfèrent les garder comme valeurs refuges », explique Gilles Seigle. En outre, le bois a le vent en poupe, aussi bien dans la construction (+ 12 % de mises en chantier en 2016) que dans l’énergie. Le prix du bois de chauffage a augmenté de 3% l’an dernier, à 58 euros le stère (1 mètre cube).

Investissement de long terme

Preuve de ce dynamisme, 120 000 hectares de forêts ont changé de mains l’an dernier, soit une hausse de 9,8% par rapport à 2015. Mais, en ce qui concerne la valeur des ventes, elle s’est envolée à 1,44 milliard d’euros (y compris le bâti), ce qui représente une progression de… 23,8 % en un an. Par segment, le nombre de ventes des petites forêts de 1 à 10 hectares augmente le plus vite. Et pour cause, c’est là où se trouvent le plus grand nombre de vendeurs. « Elles représentent 88 % des transactions l’an dernier pour 37% des surfaces échangées, soit 11 points de plus qu’il y a dix ans, note JeanPierre Mesnil, directeur des investissements forestiers et fonciers à la Société forestière. La fonction plaisir, notamment pour la chasse, motive fortement l’acquisition de ces massifs, en plus du fort attrait pour le bois de chauffage. »

Sur le marché des forêts de plus de 100 hectares, il faut prendre son temps pour dénicher la perle rare. «Il n’y a eu l’an dernier que cent trente transactions, pour une valeur moyenne de 6 808 euros l’hectare, précise Gilles Seigle. Malgré une hausse d’une vingtaine de transactions par rapport à 2015, ce marché est structurellement restreint. » Sont actuellement courues les forêts de chênes en Bourgogne pour l’activité de tonnellerie, car le succès des vins vieillis en fûts de chêne est grandissant. Et les prix peuvent grim- per très vite pour ce genre de produits. «J’ai négocié une très belle forêt de chênes en Bourgogne à 15000 euros l’hectare ou des Douglas à maturité à 20 000 euros l’hectare dans la Nièvre», se souvient Jean-Pierre Mesnil.

Mais attention, la forêt est un investissement de long terme et il faut être patient pour espérer empocher une plus-value. « En fonction du type d’essence, les grandsparents plantent pour leurs petits ou leurs arrière-petits-enfants, prévient Jean-Pierre Mesnil. Suivant le type d’essence, les arbres arrivent à maturité après quinze années de pousse pour les peupliers jusqu’à plus de cent ans pour un chêne. » Une particularité que prend en compte la fiscalité. Si les parcelles forestières sont exonérées de la taxe sur le foncier non bâti, il existe par ailleurs un abattement des droits de succession sur 75% de la valeur de la forêt ainsi qu’une réduction d’impôt correspondant à 18% du montant investi dans des parts de groupements forestiers.
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