Plus de 6000 personnes marchent contre deux projets de giga bassines en Limagne et retiennent les eaux dans les terres

Les soulèvements de la terre | 12mai 2024

Communiqué commun de la Confédération Paysanne 63, BNM 63, 79, les Soulèvements de la terre, d'Extinction Rebellion Clermont-Ferrand et les Faucheurs volontaires

Plus de 6000 personnes marchent contre deux projets de giga bassines en Limagne et retiennent les eaux dans les terres

Ce samedi 11 Mai à l’appel de BNM 63, La confédération paysanne, les Soulèvements de la terre et  les faucheurs volontaires, 6000 à 7000 personnes ont convergé vers la Limagne pour une première grande manifestation contre le projet de deux giga-bassines qui totaliserait 2,3 M de m³. Les manifestant.es ont matérialisé en chaîne humaine l'emplacement du projet et semé en ligne des milliers de graines à même de faire repousser des centaines de mètres de haies. Ils ont ensuite obstrué des drains pour retenir l'eau dans les terres, participer ainsi à remplir des nappes plutôt que de les vider avec les bassines, et favoriser la biodiversité.

De plus, hier, un semis de maïs population a été réalisé en vue de produire des semences et de porter l'idée que des variétés paysannes puissent reprendre le pas sur les maïs stériles des firmes de l'agro-industrie : https://lessoulevementsdelaterre.org/en-eu/blog/un-semis-de-mais-population-ouvre-la-mobilisation-

Des Deux-Sèvres à la Limagne, le système bassines de plus en plus contesté

Après les mobilisations en Charente Maritime et dans les Deux-Sèvres de ces dernières années, le mouvement anti-bassines ne fait que s’étendre et se densifier. Partout où des projets apparaissent, l’opposition s’organise. Alors que le ministre de l'agriculture prétend accélérer la construction de nouvelles bassines, les projets sont abandonnés les uns après les autres, qu’ils soient déclaré illégaux ou mis à l’arrêt directement par les habitant.es. De la cour des comptes, aux tribunaux en passant par l'agence de l'eau, les bassines sont vivement critiquées de toutes parts pour leur maladaptation au changement climatique et leur promotion d'un modèle agro-industriel délètère. Elles sont en premier lieu contestées massivement par les habitant.es des territoires concernés.

En Limagne, les travaux n’ont pas commencé, mais la région a déjà accordé à minima 115 000 euros à l’ADIRA (association de développement de l’irrigation en Auvergne) pour réaliser l’étude de faisabilité du projet. Le coût global du projet s’annonce très élevé : 25 millions d’euros, financé, pour la partie ouvrage agricole, à hauteur de 70 % par la région Auvergne Rhône-Alpes via un fonds européen, la FEADER.

Les cultures qui seraient arrosées par ces bassines sont essentiellement liées aux besoins de la multinationale Limagrain. Fondée en 1965 en Auvergne, celle-ci est aujourd’hui le 4ème semencier mondial via sa filiale Vilmorin, et son emprise sur la Limagne est visible partout. En imposant aux agriculteur.ices un cahier des charges impliquant semences hybrides, irrigation et grandes quantités d’intrants chimiques tout en créant des zones d’exclusion des autres varietés autours des fermes, Limagrain impose un modèle qui aliène les agriculteur.ices à l’agro-industrie.

Le projet des deux giga-bassines du Puy-de-Dôme est portée par l’ASL des Turlurons, association de 36 exploitants agricoles (pour un total de 800 hectares), dont la plupart sont liés à Limagrain, qu’ils en soient les collaborateurs, les administrateurs ou même le président ! L’eau servira principalement à irriguer du maïs industriel, dit « hybride », des variété standardisées, sélectionnées sur des critères productivistes de résistance aux intrants chimiques et qu’il faut racheter chaque année puisque les semences sont stériles. En Limagne comme ailleurs en France, les épisodes de sécheresse hivernale se multiplient, le niveau d’étiage de l’Allier dans lequel serait pompé l’eau des méga-bassines baisse et ne sera pas suffisant pour les remplir. Ici aussi les méga-bassines prolongent le ravage et retarde le changement nécessaire des pratiques agricoles.

Paysan.nes, habitant.es, castors, artivisme et bleus de chauffe, une manif qui rassemble

Ce samedi depuis la gare de Vertaizon à Chignat, des milliers de personnes se sont élancées dans la grande plaine de la Limagne avec des tracteurs, un castor et une anguille géant.es au son du slogan « Il faut faire bassine arrière ». Depuis des semaines, des dizaines d'habitant.es de la région se sont retrouvé.es pour fabriquer des drapeaux sérigraphiés et une multitude de tritons, méduses, castors, serpents et autres créatures artistiques en vue de cette mobilisation. La présence des tracteurs marque également la mobilisation paysanne pour l'avènement d'un nouveau modèle agricole. Les nombreux bleus de travail, les pelles et les pioches, rappellent la détermination des dernières grandes mobilisations anti-bassines des Deux-Sèvres. La prochaine, qui aura lieu les 20 et 21 juillet, s'annonce déjà comme un possible point de bascule pour forcer l'abandon des projets de bassines dans le Poitou, et arracher le moratoire au niveau national.

Plantation de centaines de mètres de haies et construction de barrages de castors pour retenir l'eau autour des projets de bassines

À l’approche de l’emplacement du projet de bassine, une grande chaîne humaine  s'est déployée pour en visibiliser le contour (la première bassine s’étendra sur 150 000m2). Une multitude de plants ont alors été distribués et mis en terre avec des noix et noisettes qui pourront y germer. Ce premier geste collectif invite à la replantation de kilomètres de haies à même de retenir de nouveau l'eau dans les sols, plutôt que des bassines qui les assèchent.

 Après un pique-nique champêtre, des centaines de personnes ont obstrué les buses autours des parcelles proches du projet de bassines avec des branchages et de la terre. La Limagne est une ancienne zone humide fertile qui a été drainée dans les années 70 pour remplacer la polyculture élevage par une agriculture céréalière intensive. Mais le drainage accélère l'évacuation de l’eau qui ne se stocke plus dans les sols lors des précipitations. Ceci intensifie les phénomènes de crues, d’érosion et de diffusion des phytosanitaires dans les cours d'eau. Cela aboutit aujourd’hui à une sous-alimentation des nappes phréatiques, à une baisse du débit des sources et à une perte de la biodiversité. En comblant les drains, les manifestant.es vont ainsi dans le sens des nombreux agronomes et hydrologues qui prônent la remise en cause du drainage systématique, en vue de favoriser la recharge des nappes phréatiques, la réhumidification des terres, la protection de la faune et de la flore ainsi que l'effet de filtre sur les intrants chimiques.

Semis de maïs population face aux semences hybrides

Dès le vendredi 10 mai, un semis collectif de maïs dit "population" sur la parcelle d'un paysan avait mis en avant les alternatives à cette main-mise de l’agro-industrie. Le maïs population est le fruit du travail de paysan.nes qui depuis des dizaines d'années sélectionnent des variétés adaptées au milieu local, ne nécessitant pas ou peu d'irrigation, beaucoup moins d'intrants chimiques et les émancipent ainsi des dépendances aux multinationales de l'agro-industrie.

Ce chantier était la première étape d'une mise en culture qui réunira les personnes engagées dans les semaines et mois à venir, de la levée des plans qu'il faudra désherber à l'égrenage des épis pour les semences de l'année prochaine. Ces semences seront stockées en vue de démultiplier les semis de maïs population plutôt que de maïs industriel. Là où l'agro-industrie sème la stérilité, nous propagerons la fertilité des semences paysannes.

Rendez-vous si les travaux démarrent !

Après cette journée de mobilisation, il ne fait aucun doute que les habitants du territoire smobiliseront massivement pour stopper les chantiers de bassines s'ils démarrent en Limagne. C'est aujourd'hui le cas partout où des projets d'accaparement de l'eau pointent le bout de leur nez et où fleurissent les collectifs Bassines Non merci. Et ce sera à nouveau le cas cet été, du 16 au 21 juillet pour le Village de l'eau et les 2 journées de mobilisations internationales dans les Deux-Sèvres !  
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  • 11 Sep 2024 - Bruxelles
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