Crise foncière à la Socapalm d’Apouh : le Préfet de la Sanaga-Maritime rétablit les faits

La Voix du Koat | 4 avril 2025

Crise foncière à la Socapalm d’Apouh : le Préfet de la Sanaga-Maritime rétablit les faits

Par LA VOIX DU KOAT

À la suite des vives tensions qui ont secoué le village d’Apouh les 25 et 26 mars 2025, marquées par une mobilisation massive de la communauté contre le programme de replanting initié par la Socapalm, le Préfet de la Sanaga-Maritime dénonce une tentative du chef, d’extorquer la Socapalm.

Au cours des deux journées de manifestations qui ont embrasé le mois de mars à Apouh à Ngog, dans l’arrondissement d’Edéa 1er, la voix du peuple s’est élevée, vibrante d’une solidarité intergénérationnelle inébranlable. Unis par une même indignation, les villageois ont exprimé avec fermeté, leur rejet catégorique du renouvellement des anciennes plantes sur ces terres qui, estiment-ils, portent l’empreinte de leur histoire, dénonçant ainsi le programme de replanting initié par la Socapalm. Programme qui, pourtant, ne consiste pas en une extension, mais une opération d’abattage des vieux palmiers et de replanting de nouveaux sur les mêmes surfaces, afin d’accroitre la productivité. À l’avant-garde du mouvement, les femmes de l’association Afrise, drapées de rouge et de noir — teintes symboliques du deuil et de la détermination — ont fait résonner leur cri de justice. Leur revendication, ardente et sans détour : la reconnaissance de leur droit à un espace vital et la restitution des terres qui sortiraient des titres fonciers de l’entreprise. Dans leur clameur, c’est tout un héritage qu’elles défendent, un combat pour la mémoire et l’avenir, inscrit dans la terre qu’elles refusent d’abandonner. « Nous réclamons seulement deux choses : un espace vital et la rétrocession des terres excédentaires aux titres fonciers. Nos yeux sont tournés vers l’autorité administrative, qui devrait se soucier des intérêts des communautés », a déclaré Olkane Etamanè, notable du village et fervent défenseur de la cause locale.

Un cadre juridique contesté

Face à la montée des tensions et aux accusations portées par les riverains, qui reprochent au Préfet Cyrille Yvan Abondo, son manque d’impartialité et d’humanité dans la gestion du conflit, l’autorité départementale de la Sanaga-Maritime a tenu à rétablir les faits et à éclairer la vérité. Devant les journalistes, il a rappelé que la Socapalm détient des droits fonciers reconnus, hérités de la Société des Plantations de l’Ouest Africain. « La Socapalm d’Edéa 1er a hérité des actifs de l’entreprise communément appelée Ferme-Suisse. Le titre foncier en question date du 10 août 1960, bien avant l’existence même du village Apouh », renseigne Cyrille Yvan Abondo. Lui qui insiste sur le fait qu’ « Il est erroné de prétendre que l’entreprise a illégalement exproprié les populations locales. » Toutefois, cette déclaration soulève des interrogations concernant la reconnaissance historique du village et les implications de ce cadre juridique sur les droits des populations locales. Comment expliquer que ce village, connu de longue date, puisse être ainsi remis en question ?

Au-delà de la question foncière, le Préfet a désigné un acteur clé dans l’exacerbation des tensions, notamment M. Ditope Mercure, chef de 3e degré du village Apouh, qu’il accuse d’être à l’origine de la contestation et de bloquer volontairement le dialogue. « Il s’agit d’une pure manipulation, d’une rébellion vis-à-vis des institutions », a-t-il déclaré, soulignant que M. Ditope refuse de participer aux concertations tripartites réunissant l’administration, la Socapalm et les représentants des populations. « Alors que les chefs des villages voisins ont accepté de dialoguer, Monsieur Ditope campe sur ses positions », a-t-il ajouté. Ces concertations, engagées depuis 2022, avaient pour objectif de définir des espaces à restituer aux populations tout en préservant les droits fonciers de la Socapalm. À Dehanè et à Koukouè, les chefs ont validé avec satisfaction les décisions prises et les dossiers ont été transmis au Mindcaf. « À Apouh, en revanche, le chef s’oppose fermement et de manière illégale à l’opération de replanting sur le titre foncier N° 184/SM datant de 1960″ appartenant à la Socapalm », a regretté l’administrateur.

Le jeu trouble du chef du village

Le Préfet a par ailleurs levé le voile sur un aspect plus troublant du dossier, accusant M. Ditope Mercure d’entraver le processus pour des raisons financières. « Ce monsieur refuse de signer les travaux de concession effectués avec ses propres populations, exigeant de la Socapalm la somme exorbitante de 50 millions de FCFA », révèle-t-il, qualifiant cette attitude d’inacceptable pour un chef censé représenter l’intérêt général. Face à ce qu’il considère comme une tentative d’extorsion, la Socapalm, excédée, a saisi la Préfecture pour rétablir ses droits. «Il suffirait que le chef et ses deux notables signent les travaux de concession pour que la rétrocession des terres aux populations soit effective », a précisé le Préfet.

Malgré la gravité des accusations, l’administration se veut conciliante et appelle à la raison et à la discussion. Le Préfet a tenu à rassurer les habitants d’Apouh en affirmant que leurs préoccupations sont prises en compte et que les services administratifs restent disponibles pour toute clarification. « Je suis au regret de dire qu’il est indigne, en tant qu’auxiliaire de l’administration, de se comporter ainsi. Mais je veux aussi assurer les populations que le problème réside au niveau de leur propre chef et non de l’administration », a-t-il martelé. En attendant, les populations d’Apouh restent suspendues aux évolutions de cette affaire qui, bien au-delà du seul village, pose la question plus large de la gestion foncière en milieu rural camerounais.

Au moment où nous allions sous presse, un souffle inattendu a brisé le silence. Sa Majesté Ditope a enfin répondu à notre appel. Profondément surpris par les accusations qui pèsent sur lui, il s’insurge contre ce qu’il considère comme une injustice et une atteinte à son honneur. Avec une fermeté empreinte de dignité, il affirme se réserver le droit de porter l’affaire devant la justice, déterminé à laver son nom de toute ombre qui viendrait ternir son image aux yeux de ses administrés. Ainsi, l’avenir d’Apouh oscille entre deux voies : cédera-t-il à l’appel du dialogue, ou choisira-t-il l’affrontement, défiant l’administration et entravant le processus de rétrocession ? Une certitude demeure cependant : les autorités locales refusent de voir la situation s’enliser au détriment de la paix sociale et du respect du cadre légal. De son côté, la Socapalm réaffirme son attachement aux principes de la RSPO, prônant un équilibre entre développement durable et harmonie avec les villages riverains. « Nous sommes aux côtés de nos communautés, et veillant au respect de leurs droits. Nos échanges se cristallisent à travers des réunions tripartites sous l’égide du Préfet, ainsi que des rencontres directes avec les riverains. Plus que tout, nous œuvrons pour préserver la paix sociale entre les parties », confie un cadre de l’entreprise. Mais au-delà de ce conflit singulier, une réalité plus vaste s’impose : la gestion foncière en milieu rural camerounais demeure une question brûlante, un défi dont l’issue façonnera l’équilibre des territoires et le destin de leurs habitants.

Cheikh Malcolm Radykhal EPANDA


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