Disposant de filiales en Afrique et en Asie, Socfin fabrique du caoutchouc et de l’huile de palme. KeystoneLa Liberté | 18.112025
«Même en Europe, les victimes ont de la peine à prendre la parole». Briser le mur du silence du viol
L’entreprise Socfin dont les opérations passent par Fribourg ne ferme pas les yeux sur les problèmes de violences sexuelles dans ses plantations et agit à son niveau pour lutter contre ce fléau.
Maude Bonvin
Suite à la publication de l’article intitulé «Sous les palmiers, le viol» (La Liberté du 30 octobre), l’entreprise Socfin a tenu à préciser davantage ses mesures de lutte contre les violences sexuelles dans ses plantations. Rendez-vous est donc pris dans les bureaux opérationnels du groupe à Fribourg. L’interview se déroule avec le responsable de la communication de la multinationale, Ludovic Saint-Pol, et la coordinatrice du développement durable, Céline Schmitz.
Disposant de filiales en Afrique et en Asie, Socfin fabrique du caoutchouc et de l’huile de palme. Pour ce faire, elle loue au gouvernement des différents pays où elle est active l’essentiel des plantations qu’elle exploite. Aux mains de la famille belge Fabri, l’entreprise génère environ 54 500 emplois directs et indirects pour un chiffre d’affaires annuel de près de 866 millions de francs. La majorité du personnel qu’elle emploie bénéficie de contrats de travail à durée indéterminée.
Ces dernières années, la société n’a pas été épargnée par les violences sexuelles. La Fondation Earthworm que l’entreprise a mandatée a confirmé de telles violences dans 7 plantations visitées sur 12. Suite à cette enquête, la firme a renforcé son plan de lutte contre ce fléau, en juin dernier. L’atteinte des objectifs de ce plan est constamment évaluée et les résultats sont publiquement accessibles sur son site internet. Ce dispositif est valable tant au niveau du groupe que de ses fournisseurs et sous-traitants.
L’entreprise Socfin dont les opérations passent par Fribourg ne ferme pas les yeux sur les problèmes de violences sexuelles dans ses plantations et agit à son niveau pour lutter contre ce fléau.
Maude Bonvin
Suite à la publication de l’article intitulé «Sous les palmiers, le viol» (La Liberté du 30 octobre), l’entreprise Socfin a tenu à préciser davantage ses mesures de lutte contre les violences sexuelles dans ses plantations. Rendez-vous est donc pris dans les bureaux opérationnels du groupe à Fribourg. L’interview se déroule avec le responsable de la communication de la multinationale, Ludovic Saint-Pol, et la coordinatrice du développement durable, Céline Schmitz.
Disposant de filiales en Afrique et en Asie, Socfin fabrique du caoutchouc et de l’huile de palme. Pour ce faire, elle loue au gouvernement des différents pays où elle est active l’essentiel des plantations qu’elle exploite. Aux mains de la famille belge Fabri, l’entreprise génère environ 54 500 emplois directs et indirects pour un chiffre d’affaires annuel de près de 866 millions de francs. La majorité du personnel qu’elle emploie bénéficie de contrats de travail à durée indéterminée.
Ces dernières années, la société n’a pas été épargnée par les violences sexuelles. La Fondation Earthworm que l’entreprise a mandatée a confirmé de telles violences dans 7 plantations visitées sur 12. Suite à cette enquête, la firme a renforcé son plan de lutte contre ce fléau, en juin dernier. L’atteinte des objectifs de ce plan est constamment évaluée et les résultats sont publiquement accessibles sur son site internet. Ce dispositif est valable tant au niveau du groupe que de ses fournisseurs et sous-traitants.
Pas de solution miracle
Des ONG affirment cependant que les mesures prises par Socfin contre le viol sont insuffisantes. Ludovic Saint-Pol dit avoir de la compréhension pour ces associations, tout en ajoutant que l’entreprise ne reste pas inactive. «S’il n’y a pas de remède miracle face aux violences sexuelles, nous améliorons en continu nos procédures en fonction des retours du terrain. Nos résultats sont certes perfectibles mais bien réels», poursuit-il.
La multinationale a inscrit noir sur blanc l’interdiction de tout comportement de harcèlement qu’il soit moral ou sexuel dans ses règlements. Elle a aussi mis en place, depuis 2018, des comités de genre dans ses plantations pour lutter contre les agressions. Certains de ces comités sont épaulés par des ONG locales spécialisées dans la lutte contre les violences genrées.
Pas d’impunité
Les comités de genre ont notamment pour mission d’aborder les questions de harcèlement avec le personnel, d’accompagner les victimes, d’orienter les signalements et de suivre les actions correctives. «Tous les employés sont sensibilisés à cette question. L’entreprise ne tolère aucune forme de violence. Le criminel en puissance doit savoir qu’il n’y a pas d’impunité», complète Céline Schmitz.
Lors du signalement d’un harcèlement, l’employé suspecté est suspendu, le temps de l’investigation. Les sanctions vont de l’avertissement au licenciement immédiat en cas de viol et au renvoi devant la justice. Le soutien aux victimes est médical et psychologique. Il y a aussi une aide dans le cadre des suites judiciaires.
Les comités de genre ont notamment pour mission d’aborder les questions de harcèlement avec le personnel, d’accompagner les victimes, d’orienter les signalements et de suivre les actions correctives. «Tous les employés sont sensibilisés à cette question. L’entreprise ne tolère aucune forme de violence. Le criminel en puissance doit savoir qu’il n’y a pas d’impunité», complète Céline Schmitz.
Lors du signalement d’un harcèlement, l’employé suspecté est suspendu, le temps de l’investigation. Les sanctions vont de l’avertissement au licenciement immédiat en cas de viol et au renvoi devant la justice. Le soutien aux victimes est médical et psychologique. Il y a aussi une aide dans le cadre des suites judiciaires.
Arme de guerre
Le plus grand défi, selon Ludovic Saint-Pol? L’omerta. Difficile de briser le silence des victimes. Le viol devient toutefois une préoccupation majeure dans plusieurs pays africains. Le Liberia a par exemple fait des violences sexuelles une priorité nationale. Ce pays et la Sierra Leone ont connu des guerres civiles. Durant ces conflits, énormément de femmes ont été violées.
«Même en Europe, les victimes de violences sexuelles ont de la peine à prendre la parole. Ce peut être lié à des barrières sociales. Dans les plantations, tout le monde se connaît», indique le responsable de la communication. Les communautés locales cherchent aussi parfois un compromis de nature financière pour mettre fin à une affaire de nature sexuelle, pratique à laquelle Socfin s’oppose. Le groupe a donc décidé d’intégrer à ses démarches les chefs locaux, qui disposent souvent d’un droit coutumier de juridiction sur les questions de violences. «Il s’agit de les intégrer à notre action pour avoir un relais supplémentaire sur le terrain», souligne Ludovic Saint-Pol.
Il y a aussi la peur des représailles et d’être renvoyés de son travail. Pour résoudre ce problème, Socfin a mis en place une procédure confidentielle et un canal unique de dépôt de plainte. Elle a signé un contrat avec la plate-forme Ulula qui permet de signaler au siège de l’entreprise basée au Luxembourg de manière anonyme et gratuite un comportement malveillant de la part d’un collègue ou d’un supérieur. Ce peut également être un problème de sécurité au travail.
Gravir les échelons
Pour Socfin, la lutte contre les violences passe enfin par la promotion des femmes à des positions hiérarchiques supérieures.
«Nous ne fermons pas les yeux sur les problèmes de harcèlement sexuel. Nous agissons à notre niveau, avec nos outils contre un problème qui a une dimension globale», conclut Céline Schmitz.

