Palme : une ONG met de l’huile sur le feu
Published: 06 Mar 2012
Posted in:  Cameroon | Herakles Farms | US
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Quotidien Mutations | le 5 mars 2012

Palme : une ONG met de l’huile sur le feu

Écrit par Source: Richard DOUALA - Marchés Tropicaux

Le Centre pour l’environnement et le développement dénonce la concession de 73 000 hectares accordée par l’État à une société américaine qui vise une production annuelle de 400 000 tonnes d’huile de palme.

Le moratoire pour les nouvelles plantations de palmiers à huile en Indonésie et l'usage limité des terres en Malaisie poussent les investisseurs de ce secteur vers l’Afrique. Le Cameroun ne fait pas exception, comme le démontre un rapport d’une organisation locale sorti le 14 février et intitulé « Le treizième travail d’Hérakles ? ». Le Centre pour l’environnement et le développement (CED) de Yaoundé émet ainsi de vives critiques à l’encontre de la concession accordée par l’État à l’entreprise SG Sustainable Oils Cameroon Plc (SGSOC), filiale à 100 % de la société américaine Herakles Farms, spécialisée dans « des projets agricoles durables et de grande envergure en Afrique ».

L’objet du litige concerne 73 086 hectares situés dans le sud-ouest du Cameroun et attribués le 17 septembre 2009 à la SGSOC par le gouvernement camerounais, pour une période de 99 ans. Le contrat de concession prévoit la mise sur pied d’une grande plantation industrielle ainsi que celle d’une raffinerie. Le tout, pour une production annuelle d’huile de palme de 400 000 tonnes. Le Cameroun triplerait ainsi sa production, estimée aujourd’hui à 200 000 tonnes.

Contexte

Un opérateur local interrogé par MTM rappelle le contexte dans lequel ce projet émerge : le Cameroun connaît actuellement un déficit de l’offre d’huile de palme de 50 à 80 000 t. Déficit qui monte au moins à 100 000 t si on rétablissait l’export vers la sous-région.

D’autre part, les sociétés opérant actuellement au Cameroun arrivent au mieux à planter 2 000 ha par an. Sachant qu’il faut 7 ans aux palmiers pour atteindre leur plein rendement (environ 2 t/ha), la production de 400 000 tonnes supplémentaires n’est pas pour demain...

Inquiétudes des populations riveraines

Rappelant que 25 000 riverains seraient affectés par ce projet, le CED souligne le risque de raréfaction des terres pour l’agriculture vivrière. En 2008, le Cameroun avait été secoué par de violentes émeutes dues à la hausse vertigineuse des denrées alimentaires, rappellent les auteurs.

Bien que SGSOC annonce la création de près de 7 500 emplois ainsi que des revenus substantiels pour l’État et les riverains, les auteurs demeurent sceptiques. Selon eux, l’appauvrissement des populations victimes des restrictions en ressources naturelles, notamment en eau, ira grandissant. Des déplacements économiques leur semblent inévitables, car « l'étude d’impact environnemental et social (EIES) de la SGSOC ne contient pas de plan de compensation, et les programmes bénéficiant aux populations restent faibles ».

Le 31 août, l’ONG environnementale camerounaise Struggle to Economise Future Environment (SEFE), relayant les plaintes des riverains, a obtenu de la justice un moratoire sur l’exploitation de la concession. En vain. « Selon SEFE, le juge s’est par la suite vu retirer le dossier, pour des raisons non précisées », explique le rapport. Dans ce contexte, préviennent les auteurs, des tensions sont à redouter entre la SGSOC et les populations riveraines.

Exonérations et avantages

Le contrat que le CDE a pu se procurer stipule que la SGSOC « versera un loyer annuel pour la location de la terre au gouvernement de $ 1 /ha pour les terres de l'État mises en valeur et $ 0,50 pour les terres non mises en valeur ». Même si une augmentation de 2 % par an est prévue, le CDE rappelle que « le loyer de la terre est très faible par rapport aux autres projets de la même nature ». À titre de comparaison, une entreprise comme la Sosucam, « opérateur dans le domaine de la canne à sucre, verse FCFA 6 457 (plus de $ 13) par hectare par an pour sa plantation à Mbandjock ».

Autre particularité du contrat relevée dans le rapport, « l'entreprise bénéficiera d’une exonération d'impôts sur une période de 10 ans […] L'entreprise est également exonérée du paiement des droits de douane et de certains coûts de sécurité sociale pendant les 99 ans du projet ». En outre, l’article 4.14 de la convention d’établissement stipule que l’État camerounais fournira tous les documents et autorisations nécessaires à la SGSOC pour qu’elle puisse bénéficier des crédits carbone sur la superficie concédée.

Toujours sur le plan juridique, le CED affirme que la convention d’établissement de la SGSOC passe au-dessus des lois camerounaises. Ainsi, elle « autorise l’investisseur à assurer la protection de sa zone de projet, y compris d’arrêter et de détenir toute personne non autorisée ». Pour le CED, « il s’agit là de la privatisation d’une mission régalienne de l’État ». L’organisme fustige un partenariat qui « ne rapporte presque rien à l’État », « limite les pouvoirs du gouvernement » et « viole des engagements internationaux » pris par le Cameroun.