Cameroun: Les Américains s'accaparent de 73000 hectares de terre pour produire des palmiers à huile
Published: 28 Mar 2012
Posted in:  Cameroon | Herakles Farms | US
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Le bail de la société américaine est un coup dur pour les riverains qui ne pourront plus cultiver librement ces terres pendant les 99 prochaines années.
Koaci.com | 28/03/2012

CAMEROUN: Les Américains s'accaparent de 73000 hectares de terre pour produire des palmiers à huile
 
Par mh
 
CAMEROUN - YAOUNDE LE 28 MARS 2012 © koaci.com - Dans le Sud-ouest du Cameroun, le groupe agro-industriel américain Herakles Farms détient désormais plus de 74’000 hectares, avec un bail de 99 ans. A travers leur filiale la SG Sustainable Oils Cameroon (Sgsoc), les dirigeants de la firme new-yorkaise comptent produire, 400’000 tonnes d’huile de palme brute et 40’000 tonnes d’huile de palmiste par an. Pour Delilah R. Rothenberg, directrice du projet, il s’agit surtout de «réduire la dépendance du Cameroun aux pays d’importations» en produisant localement cette huile. Une intention louable, mais qui cacherait de graves implications selon le Centre pour l'Environnement et le Développement (CED), une ONG camerounaise.

Risque de déplacement forcé

Dans son rapport publié en février dernier, le CED dénonce un «accaparement des terres et des ressources» par la firme américaine. L’ONG s’inquiète avant tout de l’exode des populations. « Les activités de la Sgsoc vont créer certes 7’500 emplois, mais la concession foncière va obliger plus de 25’000 villageois à se déplacer» prévient Brendan Scharwrtz, co-auteur du rapport. Une menace que réfute Rotheberg, précisant que «seules les 1'000 plantations cartographiées pour le projet seront exploitées », et que des « zones tampons seront créées afin que les nos activités ne chevauchent avec les zones habités.». Quoiqu’il en soit, le bail de la société américaine est un coup dur pour les riverains qui ne pourront plus cultiver librement ces terres pendant les 99 prochaines années. En outre, le CED dénonce les nombreux avantages accordés à la société américaine. Le contrat de la Sgsoc stipule qu’elle versera « un loyer annuel pour la location de la terre au gouvernement de 1 dollar américain par hectare pour les terres de l’Etat mises en valeur et 0,5 dollar par hectare pour les terres non mises en valeur ». Ces taux augmenteront de 2% par an. Un véritable scandale. Autre avantage, c’est que, selon Samuel Nguiffo, l’autre co-auteur du rapport, l’entreprise bénéficiera d’une exonération d’impôts sur une période de 10 ans, à compter du moment où la production atteindra 10 tonnes à l’hectare sur au moins 3'000 hectares.

Ressources rationnées

Autre problème pointé par le rapport du CED: en acquérant ces terres, la firme américaine accapare aussi l’essentiel des ressources du sol et du sous-sol. «Le contrat de la Sgsoc lui accorde le droit d’utiliser, gratuitement, des quantités illimités d’eau dans sa concession foncière. L’entreprise jouit également d’un droit exclusif sur les autres ressources dans sa concession foncière comme le bois, l’argile et le gravier». Ces avantages excessifs n’ont pas manqué de suscité un profond mécontentement dans la région.

En 2011, des jeunes de la localité sont descendus dans les rues pour bloquer les bulldozers en guise de protestation. Une ONG locale, le Struggle to Economise Future Environnement (SEFE), a déposé un recours auprès de la justice, pour obtenir un moratoire sur la plantation de la Sgsoc. Le SEFE a obtenu de la justice l’arrêt des activités d’Herakles. Le tribunal de Mundemba a décidé, le 31 août 2011, d’un arrêt du projet avec astreinte de 500 000 francs CFA par jour en cas de violation. Seulement, le jugement n’a pas été respecté et le juge a même été dessaisi du dossier. Mais pour Rothenberg, là encore il n’y a pas matière à polémiquer: « Cette affaire judiciaire a été résolue. Il convient de noter que l'engagement des parties prenantes est important pour nous, et c’est pourquoi nous avons formé une équipe de développement communautaire local pour mieux faire comprendre l’intérêt du projet et maintenir le dialogue avec les populations».

Environnement

Le CED s’inquiète aussi des conséquences écologiques du projet. «Cet espace abrite des douzaines d’espèces animales et végétales en voie d’extinction. Le projet va interrompre la protection et la croissance de la faune sauvage» s’alarme Brendan Schwartz. Il craint aussi l’utilisation de produits chimiques toxiques pour l’homme et pour l’environnement. Certes Herakles Farms s’est engagé à préserver les forêts à haute valeur pour la conservation, en limitant l’utilisation des polluants et le gaspillage des ressources naturelles. La firme indique même que depuis le début de ses activités, le braconnage a baissé parce qu’elle a recruté des villageois chasseurs. Mais malgré toutes ces bonnes intentions affichées, le problème de l’accaparement des terres camerounaises –facilité par le gouvernement Biya- par des firmes étrangères n’en n’est qu’à ses débuts, et sera assurément source de nombreuses difficultés futures pour les populations locales. Dans l’Est du pays, un paysan de 58 ans vient d’être condamné à 2 ans de prison pour avoir refusé de céder ses terres aux Chinois.

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Source:Koaci