Madagascar: se mobiliser contre l'accaparement des terres
Published: 27 Feb 2013
Posted in:  Italy | Madagascar
Comments (0) Print Email this
La Gazettte | 27 Février 2013 

Madagascar: se mobiliser contre l'accaparement des terres

L’accaparement des terres n’est pas un phénomène nouveau à Madagascar. À l’époque de la colonisation déjà, des familles françaises s’étaient approprié les zones les plus fertiles.

Elles s’assuraient un revenu confortable grâce à l’exportation de tabac, de café, de clous de girofle ou de poivre et utilisaient la population locale comme main d’œuvre bon marché. Depuis quelques années, de grandes surfaces agricoles y font à nouveau l’objet de convoitises – cette fois de la part de puissantes entreprises.

Justin Ralahivoavy a 49 ans. Il vit à Satrokala, un grand village situé dans le sud de Madagascar. Il y a trois ans, Tozzi Green a commencé à y cultiver du jatropha à grande échelle : une plante que l’on utilise pour la production d’agrocarburants. Pour l’instant, cette entreprise italienne n’exploite que des terres en jachère, plutôt arides et sur lesquelles aucun arbre ne pousse. Mais personne ne sait quelles sont les parcelles concernées par le contrat passé avec le gouvernement. Justin et ses voisins sont inquiets: «S’ils s’en prennent aussi à nos terres, nous n’aurons qu’à les regarder faire; nous n’avons aucun pouvoir.» La petite ferme de Justin jouxte les nouveaux bâtiments blancs étincelants de Tozzi Green. Ce père de famille travaille comme puisatier : il creuse et entretient les puits de la région. Mais son revenu ne lui permet pas de nourrir sa femme et ses cinq enfants. C’est pourquoi il compte beaucoup sur le manioc et le maïs qu’il cultive sur ses terres.

Taratra, une organisation partenaire d’Action de Carême, travaille sur les questions de droit foncier. Elle s’engage pour la mise en œuvre de la réforme foncière : en l’absence d’une inscription dans un registre foncier, la nouvelle législation accorde la terre au paysan qui la travaille. Taratra informe et accompagne les petits paysans dans leurs démarches. Justin Ralahivoavy est devenu membre de l’un des groupements d’épargne mis sur pied par l’organisation : «Les informations que Taratra nous fournit sur les questions de droit foncier m’intéressent. Cela me permet aussi d’échanger et de discuter des activités de Tozzi Green avec les autres paysans qui partagent mes craintes. Ainsi, en cas de besoin, nous pourrons ensemble nous organiser pour mieux nous défendre.»

L’accaparement des terres continue

En 2008, La firme sud-coréenne Daewoo Logistics a tenté d’acquérir des terres à Madagascar pour un total de 1,3 millions d’hectares ; soit environ un tiers de la surface de la Suisse. Des terres qui devaient être allouées à la production de maïs et d’agrocarburants. Daewoo avait alors conclu dans le secret un contrat avec Marc Ravalomanana, le président de l’époque : il prévoyait d’accorder un bail d’une durée de 99 ans à l’entreprise coréenne, visiblement sans aucune contrepartie financière, mais uniquement sur la promesse de créer des emplois et des infrastructures dans les régions concernées. Le projet a tourné court à la chute de Ravalomanana en janvier 2009 : une chute causée notamment par la révélation au grand jour de ses négociations avec Daewoo.

Depuis cette affaire, les multinationales agissent avec plus de discrétion : Tozzi Green s’est installée à Madagascar en construisant des écoles et des puits. C’est ce type d’engagement social que les entreprises mettent en avant à la télévision et sur internet : elles créent des emplois pour les populations locales. Mais leurs sites internet passent sous silence les contenus des contrats passés avec le gouvernement, la surface de production prévue ou encore leurs projets à long terme. La société civile ignore si ces entreprises paient des impôts et combien.

Blanca Steinmann, Action de Carême.  
Source:La Gazette